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Mon expérience de recherche en République Tchèque

Contexte

Je suis tombé par hasard sur des informations concernant une bourse de recherche proposée par le ministère de l’éducation, de la jeunesse et des sports. Pour une fois, il s’agissait de quelque chose parfaitement adapté à ma situation : pas de nécessité de s’inscrire à un diplôme même si c’est possible, et surtout également disponible pour les personnes déjà diplômées. Étant fraîchement diplômé de master(s), avec un an à occuper en Europe, c’était l’opportunité d’aller faire de la recherche, de découvrir un nouveau pays et une nouvelle culture et bien entendu de rencontrer de nouvelles personnes. J’ai donc réfléchi littéralement deux secondes avant de me dire que j’allais postuler… et grand bien m’en a pris ! Jusqu’à présent, cela m’a déjà permis de publier mon article de recherche via la participation à un workshop 🙂

La bourse

Les détails se trouve sur la page dédiée. Les conditions sont larges, il y a moyen de postuler avec des profils assez variés et pour des motifs différents (études et/ou recherche). Les 9500 couronnes qui me sont allouées par mois me suffisent pour vivre sans faire trop de folies, mais c’est évidemment mieux d’avoir d’autres revenus annexes ainsi que des économies pour les imprévus, les voyages et le loyer à payer avant que la bourse ne soit versée.

Établissement d’accueil

Mon choix est tombé sur le laboratoire de traitement automatique de l’université Masaryk à Brno, grâce à un professeur dont j’avais lu une publication qui m’avait beaucoup intéressée. C’est une ville que les français ne connaissent pas (les gens semblent croire qu’il n’y a que Prague en Tchèquie) mais ce n’est pas le genre de détails à m’arrêter. En fait la ville est assez étudiante, et l’université à de nombreux bâtiments à pas mal d’endroit différent. La faculté d’informatique, où je travaille, est un peu excentrée au Nord de la ville, mais le centre est accessible en 25 minutes à pied. Mon laboratoire d’accueil publie des outils et des ressources utilisées par d’autres institutions tchèques. Fait intéressant, il héberge également une compagnie qui publie un outil connu dans le champ de la lexicographie. La plupart des employés proviennent du labo et y travaillent encore à mi-temps. C’est une association université/entreprise inconcevable en France mais qui semble fonctionner et que je trouve intéressante pour valoriser les fruits de la recherche tout en permettant le financement de projets que la fac elle-même ne pourrait pas supporter. Le même bâtiment héberge également la branche tchèque de Red Hat.

La nourriture

Concernant la nourriture, les restaurants sont vraiment accessibles comparés à la France, en particulier le midi où on peut manger un plat avec une soupe en entrée pour 4 à 6€. Pas mal de plats ont une origine paysanne, et ça varie du très bon au plus suspect (comme le camembert fris servis avec des frites). Il y a certains recoupement avec la cuisine alsacienne comme l’usage de chou à choucroute, l’importance de la charcuterie et de la bière. Quand on ne sait pas lire, ce qui est mon cas, c’est un peu la loterie. Ceci dit l’offre en nourriture étrangère relativement bas de gamme est pléthorique avec les faux japonais tenus par des chinois, pas mal de vietnamiens, des indiens/népalais, des kebabs, des chaînes américaines, mais aussi avec de bonnes surprises plus qualitative parfois (big up pour le bistro koréen près la fac).


La bière

La république tchèque est le pays oublié qui mériterait à être mieux reconnu quand on parle de bière (on pense d’abord à l’Allemagne ou la Belgique). Bien entendu, ce n’est pas du tout le même style que les bières belges, mais l’offre est abondante, diversifiée et accessible. Les tchèques sont d’ailleurs les premiers consommateurs de ce breuvage au monde, et le moindre rayon d’un petit supermarché a plus de choix qu’un supermarché moyen en France (exception faite du Nord, faut pas déconner). Le restaurant le plus près de la faculté d’informatique, où l’on mange à peu près tous les jours entre collègues est d’ailleurs une brasserie. Et la bière y est aussi moins chère que les autres boissons.

Les gens

Au premier abord, les tchèques ne sont pas bavards. J’aurai du mal à considérer le caractère général ici comme sympathique, car ce n’est pas vraiment le cas. Dans certains cas ce sont mêmes les gens travaillant dans le service qui peuvent être assez grossier. Ceci dit, si on a une relation par exemple de travail, ou un intérêt fort en commun (ou une bière entre les mains), les gens sont alors vraiment sympas. Et ils ont un sens de l’humour assez proche de celui es français qui s’étend même dans le contexte professionnel. Bref, ce n’est pas un pays où on se sentira isolé si on arrive à se faire quelques contacts.

La langue

Maîtrisant plus ou moins bien quelques langues et ayant des notions de linguistiques, je pensais naïvement que je pourrais prendre en main le tchèque assez rapidement. En fait c’est totalement hard-core. Des déclinaisons en veux-tu en voilà, des mots à la morphologie changeante qui fait qu’on ne les reconnaît pas forcément dans d’autres contexte, quelques sons difficiles à prononcer, des gens qui parlent vite, … mais aussi des ressources pédagogiques pas super nombreuses ou pas super bien faites, bref pour l’instant je ne connais pas grand chose et il faut être motiver pour y arriver. Du côté positif quand même, on a une écriture qui colle mieux à la prononciation que pour le français ou l’anglais et il y a des mots transparents comme laboratoř dont le sens est assez facile à deviner. Je vous recommande vivement le MOOC de l’Inalco qui permet vraiment de mettre le pied à l’étrier (bien plus facilement qu’avec des livres seuls). Il s’adresse aux débutants mais contient également des informations qui pourront intéresser les personnes ayant des notions de linguistique.

Le logement

Je suis logé dans une résidence université à 5 minutes (j’ai chronométré) de ma fac. Le loyer n’est pas très cher (un peu moins de 150€, ce qui revient à presque la moitié de la bourse que je perçois) mais je partage ma chambre avec quelqu’un… qui n’est fort heureusement pas là la plupart du temps. Cela avait été arrangé par le ministère, même si il y avait eu des incompréhensions à mon arrivée. D’ailleurs la plupart de l’équipe de la résidence ne parle pas vraiment anglais et si certaines se montrent compréhensives, d’autres sont au contraire vraiment antipathique et n’expliquent que le minimum, voire moins, nécessaire à l’accomplissement d’une tâche. Il m’a donc fallu un certains temps pour comprendre que le loyer était retiré directement sans action de ma part de ma carte d’identification (que j’ai là aussi dû forcer un peu pour avoir) et qu’il y avait un papier minuscule épinglé près des ascenseurs pour indiquer les courriers à rechercher.

L’accès à Internet

Depuis une récente loi européenne, on peut utiliser son forfait mobile, y compris les données, en Europe et ce sans surcoût. En clair vous venez avec votre forfait français et tout fonctionne directement dès que votre avion s’est posé, pour le même prix. On ne pouvait pas rêver mieux. Si vous avez un forfait adapté à votre usage, c’est même une solution viable si vous n’avez pas internet à domicile.

La sécurité

Autre point intéressant, c’est la sécurité qui semble bien meilleure qu’en France. Grâce à une politique d’immigration censée, des tas de problèmes hexagonaux n’existent pas ici: pas de banlieues no-go zone, pas de harcèlement de rue, pas de terrorisme islamique. En outre les gens ici ne mendient pas (à part les roms, qui utilisent aussi les enfants comme je l’ai vu une fois), et ne demandent pas de cigarette, vous ne vous ferez donc pas insulter ou tabasser parce que vous êtes non fumeur. Les seules fois où des inconnus m’ont adressés la parole c’était pour me demander un renseignement ou contrôler mon billet de tram.

Les magasins

Le supermarchés sont ouverts 7 jours sur 7, même les jours fériés! Donc aucune prise de tête à prévoir ses courses pour les 4 jours suivants parce qu’un jour férié précède ou suit un week-end. Le samedi après-midi cependant, de nombreux commerces sont fermés et le dimanche seuls quelques restaurants ou bistros sont ouverts.

Conclusion

La République Tchèque est un pays où fait bon vivre. Les prix de l’alimentation ne sont pas délirants comme en France, la bière est très bonne et moins chère que l’eau. Il y a pas mal d’activités en ville (notamment culturelles), des choses à voir et à faire (sorties dans la nature, ski). La langue est un challenge, tout en restant quand même plus accessible que d’autres grâce à son alphabet et ses emprunts. L’environnement des grandes villes est assez international donc vous n’aurez aucun problème à rencontrer d’autres étrangers ou des locaux intéressés par la France. Enfin la proximité géographique fait vous êtes à 1h30 d’avion de la France ce qui permet de rentrer facilement, donc si vous hésitez un peu à vous expatrier pour une première expérience de moyenne ou longue durée à l’étranger, ça me parait être une destination parfaite.

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